法国 展览 12 二月 - 22 五月 2022

Exposition à découvrir. Les œuvres de Stephen Dock sont tirées sur Canson Infinity Arches 88

Cinquante ans après les événements du Bloody Sunday, l’exposition propose un double regard photographique, historique et contemporain, sur la situation nord-irlandaise. 

Irlande du Nord : Gilles Caron, 1969 + Stephen Dock, Our day will come

Informations pratiques

Gratuit

Musée Nicéphore Niépce 
28 Quai des messageries 
71100 Chalon-sur-Saône

03 85 48 41 98 
contact@museeniepce.com
www.museeniepce.com

GILLES CARON 

Le 12 août 1969, les Apprentices Boys de Derry, protestants unionistes de l’ordre d’Orange, défilent près du quartier ouvrier et catholique, défiant la population. La bataille du Bogside éclate, c’est le début des « Troubles » en Irlande du Nord. Les nationalistes ripostent par des jets de pierres et des cocktails Molotov aux gaz lacrymogènes et véhicules blindés des forces de l’ordre britanniques. Deux jours plus tard, tandis que d’autres émeutes éclatent dans le pays, l’armée britannique tente de s'interposer. Ces événements marquent le début d’une guerre civile qui durera près de trente ans. 

Gilles Caron est à Derry le 12 août, il couvre le défilé orangiste pour le compte de l’agence Gamma. Il pressent la montée de violence et une fois sur place, en comprend très rapidement les enjeux. 


STEPHEN DOCK

Our day will come. Ce slogan populaire des républicains d’Irlande du Nord évoque à la fois l’espoir de liberté et l’envie de vaincre la communauté adverse. Mais ces mots ne peuvent se lire sans penser au jour de notre mort. 

Stephen Dock s’est formé très tôt au photojournalisme. En 2008, âgé d’à peine vingt ans, il veut saisir l’événement. Pour informer, il colle à l’actualité au plus près du danger. Syrie, Palestine, Mali, Irak,... Son terrain de prédilection est la zone de guerre ; le conflit, son quotidien. Mais très vite, face à sa position de témoin impuissant et aux limites de la photographie, Stephen Dock remet en question sa pratique : son attrait pour les champs de bataille traduit au fond une souffrance intime, un conflit intérieur. A travers ses reportages sourd une réflexion sur sa propre condition : une incapacité du photographe à vivre en paix. 
Il emprunte une nouvelle voie. Dans ses séries, désormais, le noir et blanc et la couleur coexistent, les détails sont agrandis, le recadrage est possible. L’écriture est plus poétique, l’approche plus personnelle. Avec la photographie on peut parler du monde et parler de soi. Le dehors et le dedans ne sont jamais détachés. Les mots de Gilles Peress à son égard « Toujours photographier de l’intérieur vers l’extérieur et non l’inverse » viennent affranchir son pas de côté. 

2012, la Nouvelle IRA se forme en Irlande du Nord. Stephen Dock décide de se rendre à Belfast à l’occasion du centenaire du pacte d’Ulster célébré par les unionistes. La tension est palpable, cependant il ne se passe rien. L’heure des combats armés est révolue. Les accords de paix du Vendredi Saint mettant fin à trente ans de guerre civile ont été signés en 1998. Mais les âmes ne sont pas apaisées et les anciens belligérants cohabitent dans une paix fragile. 

Dans un camp comme dans l’autre la violence, culturelle, sociale et politique, habite et hante les individus. Elle marque les visages des rescapés et des nouvelles générations. D’une emprise plus forte encore que la violence physique, elle modèle les comportements, s’inscrit comme un invariant se transmettant de génération en génération. Si la haine entre les communautés a façonné l’identité nord-irlandaise elle a aussi durablement marqué le territoire. La vie s’est créée autour des « peace lines », les « murs de la paix », apparus après août 1969. Présents dans les villes, ils séparent les habitants d’un même quartier, parfois d’une même rue. 
Les stigmates de la guerre sont partout. De larges fresques murales rendent hommages aux « héros », les messages peints avertissent le visiteur qu’il pénètre dans le fief des républicains ou des unionistes. Les murs parlent. Les tags marquent l’appartenance à des groupes dissidents, témoignent des soutiens aux emprisonnés, ou dénoncent le sentiment de colonisation ressenti : « Brits out ! » « Les britanniques dehors ! ». 
L’année est rythmée par les parades, marches et « bonfires », ces bûchers faits de palettes de bois qui peuvent mesurer jusqu’à trente mètres de haut, et sur lesquels on brûle le drapeau irlandais ou l’Union Jack. Chaque événement est éminemment politique et marque la partition. La division est profonde et elle affecte les moindres détails de la vie quotidienne.
Alors, comment photographier ce conflit larvé qui oppose depuis des centaines d’années deux communautés ? Comment rendre compte en image d’une société aussi divisée ? 
Pour répondre à ces questions Stephen Dock se rendra sur place en Irlande du Nord, pendant six ans, à raison de onze voyages. 
Le photographe regarde et tente de comprendre cette incapacité à trouver la paix qu’il a lui-même éprouvée. Il constitue un corpus photographique de matières et de signes extraits de l’environnement quotidien : portraits, détail d’architecture, scènes de rue,… Les traces, parfois infimes, laissées par le conflit sont prélevées par le photographe pour les rendre visibles. 

Biographie : 
Stephen Dock est né en 1988 à Mulhouse. Il vit et travaille à Cambrai. 
Dès 2008, il se confronte au terrain : sa photographie le conduit au Venezuela, au Népal, en Cisjordanie, en Syrie, en Irak, en Irlande du Nord, au Royaume-Uni, au Mali, en République centrafricaine, au Liban, en Érythrée, ou encore au Cachemire indien. Membre de l’agence VU’ de 2012 à 2015, il a été finaliste du prix Leica Oskar Barnack en 2018, finaliste du Prix Découverte Louis Roederer en 2020 et coup de coeur du Prix LE BAL de la jeune création avec l'ADAGP en 2021. Son travail a été exposé à la galerie Leica lors de Paris Photo 2018, au Tbilisi Photo Festival, au festival Visa pour l’image, au CNAP, au festival MAP Toulouse et au festival de Bayeux. Ses photographies ont été publiées dans la presse française et internationale comme M le magazine du Monde, le Figaro Magazine, Newsweek Japan, Paris Match, Internazionale, VSD, Libération.