 © J-C Béchet |
Nomade de naissance, Klavdij Sluban a délimité son terrain de jeu photogaphique entre l'espace-temps grand ouvert - les Balkans, autour de la Mer Noire, sur les rives de la Mer Baltique... et l'espace-temps grand fermé - en prison - à Fleury-Mérogis, pour commencer, où ses ateliers avec les jeunes détenus ont attiré Henri Cartier-Bresson, Marc Riboud et William Klein. Par la suite, poussant de plus en plus loin, il quitte l’Europe pour l’Amérique centrale, les Caraïbes, l’Asie du Sud-est et jusqu’en Chine, jusqu’au Tibet.
S’il est fasciné par l’enfermement et le temps arrêté, ses sujets fétiches et sa recherche métaphysique qu’il poursuit toujours dans des centres de détention pour adolescents, de la Russie au Guatemala, il n’est pas moins attiré par ces cabines étroites des trains et des bateaux. Il prend le transsibérien pour se rendre en Chine, le cargo pour aller au Costa-Rica. Cependant, son obsession est la plus évidente dans son travail sur les rivages. Dans un entretien, Sluban a répondu à la question comment est la Mer Noire? par cette boutade : « très noire ». Mais dans sa série sur la mer Baltique, on voit enfin ce qu’il appelle par « noir »: une pénombre réhaussée d'un éclat de lumière, signe infime d'un espoir sous-jascent.
Photographe auteur ou auteur photographe, avec une écriture trempée dans l’encre de chine, Sluban nous guide à travers sa ballade solitaire et infatigable de port en port. Il nous fait partager sa vision de ces paysages surréels emmitouflés de blanc givré et de neige noire, en des compositions quasi abstraites à la Rothko, brossées de gros coups de pinceaux onctueusement denses, perforées de-ci de-là d’austères carrés de blanc ou de parcimonieuses taches de lumière, parfois d’un noir si lumineux que l’image elle-même se transforme en un tableau de Soulage.
Conteur de roman noir, Sluban nous mène en bateau avec ses portraits en trompe-l’œil qui nous laissent hagards devant de vrais faux habitants de ces contrées imaginaires. Ombres chinoises furtives et regards blancs derrière la vitre d’un train en marche, profils et silhouettes découpés dans du velours noir …ses paysages de décor de vitrine, porte ouverte sur un avant ou un après d’une tempête de neige, tout est instantanément mais rigoureusement mis en scène. Parfois les signes tracés sur la vitre givrée se lisent tels des stigmates sortis tout droit du corps d’un road movie animé d’une bande-son d’Arvo Pärt. Les légendes disent Kaliningrad, Riga, Saint-Pétersbourg, Tallin… mais ces lieux-dits ne figurent sur aucune carte. Ici ils sont d’ailleurs.
Extrait du texte de Jean Loh Commissaire indépendant Shanghai le 26 septembre 2008
L’exposition « Autres Rivages - La mer baltique » exposée en novembre et décembre 2008, lors du Mois de la Photo à l’Hôtel de Sauroy, Paris, a rencontré un vif succés. Tous les tirages ont été réalisés sur le nouveau Rag Photographique 310g/m².
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